Planète à louer !

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24 janvier 2013 par Julie Curien

« Toute ressemblance entre le Cuba des années 1990 
et cette Terre du XXIe siècle est purement intentionnelle. »

Planete a louerCuba, euh, non, pardon, la Terre va si mal (écologie zéro), dans un présent futur proche, que… des xénoïdes en ont pris le pouvoir !

Dès lors, l’obsession de tous les Cubains Terriens : fuir leur terre, partir pour de nouveaux cieux, qu’importe le prix. Rester signifie vivre une existence de misère et courir le risque d’une exploitation physique, « le reconditionnement corporel » qu’ils disaient, conduisant à la pire des lobotomies : servir de monture à ces espèces dominantes… ! 

La seule économie qui subsiste ici-bas est le tourisme, plus sexuel que culturel, rondement mené par l’Agence touristique planétaire qui dicte la loi des occupants. Si les humains s’exilent, les extraterrestres affluent pour visiter cette planète-musée, qui se vend au plus offrant. Vu de l’extérieur, par holo-écrans, c’est sûr, ce monde suscite encore l’envie — tant que les marchands cultivent leurs boniments :

« planète à louer au meilleur enchérisseur, pour un temps indéfini, sans conditions, sans restrictions, sans scrupules »

« planète à louer par plaisir ou par haine, comme une vieille prostituée s’offrant au premier venu, pour quelques heures, pour une poignée de crédits »

« pour vous, privilégié né sous la lumière d’une autre étoile »

Se alquila une planeta

Prenant ce mythe en toile de fond, YOSS (1969 – ), de son vrai nom José Miguel Sánchez, écrivain cubain, ose la dystopie avec ce roman, choral et engagé, publié en 2002 en Espagne sous le titre Se alquila un planeta et édité en France par les éditions Mnemos, dans la collection Dédales, en 2011, sur une traduction de Sylvie Miller. A noter : selon l’éditeur Mnemos, l’ouvrage n’est toujours pas paru à Cuba, où, il ne circule que de manière confidentielle… Quand la réalité rattrape la fiction.

*******

7 chapitres pour 7 portraits

pièces d’un tableau-puzzle décrivant une dystopie poignante :

BUCA, travailleuse sociale = gentil mot pour désigner une jeune prostituée : orpheline ayant fait son chemin dans le but unique de devenir la protégée, aka future mère porteuse, d’un xénoïde gordien qui l’emporte au loin…

MOY, métisse = artiste : ce sont les êtres mi-humain, mi-xénoïdes qui ont le plus grand potentiel créatif, à l’instar de Moy, repéré par un agent colossien plus sensible aux arts que la moyenne… Moy et celui qu’il surnomme ToiGrandeBrute sont de tournée interstellaire, pour une performance qui questionne le rôle de l’artiste et met en scène la mort (et la résurrection) de l’art.

DANIEL, sportif : le capitaine de l’équipe de Voxl (un sport imaginaire qui n’a rien à envier au Quidditch), disputant le championnat intergalactique aux couleurs de la Terre, va-t-il rester les pieds sur terre ?

ROMUALDO CONCEPCIÓN PEREZ, agent de sécurité corrompu, cherche à redéfinir les règles du jeu… 

ALEX GENS SMITH, scientifique génial et frustré, se vend au diable !

FRIGA, ADAM & JOWE, récupérateurs – fugueurs: le trio d’humains qui n’en fait qu’un, fouille les poubelles, bidouille et tente l’immigration clandestine…

LEILAH, petite fille qui peut enfin vivre son enfance, grâce à un rare échange constructif avec un xénoïde… un signe d’espoir, peut-être ?

Une œuvre saisissante qui file la métaphore de l’anticipation pour mieux interroger le destin des Cubains et, au-delà, grâce au talent de l’auteur, de tous les Humains. A lire d’urgence, avec une petite mise en bouche ici (merci les éditions Mnemos) — et merci mon chéri de m’avoir offert ce chouette bouquin ♥

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4 réflexions sur “Planète à louer !

  1. Milie dit :

    Cette BD parait intéressante mais ce qui me dérange un peu c’est qu’apparemment dans l’histoire présentée ceux qui ont pris le pouvoir sont des extraterrestres et non une partie des terriens eux-même, ce qui à mon avis ne correspond pas tout à fait avec ce qui se passe et ce qui s’est passé à Cuba, et une forme d’embargo n’est pas abordée (alors qu’il peut être considéré en partie comme responsable de la pauvreté des cubains surtout après la chute du bloc soviétique). Bien sûr je n’ai pas lu livre, du coup mon raisonnement peut être erroné et j’avoue que mon avis n’est pas et ne se veut pas forcément objectif…

    J’attends de rentrer en France pour découvrir cette BD avec d’autant plus d’intérêt que j’aime les histoires du type dystopie (surtout en BD comme SOS Bonheur de Van Hamme) !!

    Félicitations et Bravo pour ce blog que je suis avec plaisir et intérêt. Hasta la vista amiga !!

    • Coucou toi 🙂 Je pense qu’il faut lire ce roman (c’est pas une BD) en prenant un peu plus de distance avec l’histoire cubaine / soviétique / américaine. J’ai plutôt l’impression qu’il file une métaphore du présent et de l’avenir de l’île partant à la fois du modèle économique du tourisme tout puissant et de la diaspora cubaine / le désir de fuite. Je pense que si l’auteur ne s’ancre pas dans le passé de Cuba, c’est aussi pour mieux généraliser la portée de son propos et refléter ainsi un problème global, qui s’applique, finalement, à la Terre entière. A bientôt j’espère…

  2. Milie dit :

    Upps c’est pas une BD !!! Des bises

  3. […] Planète à louer, voici le deuxième billet de ce blog consacré à une autre planète, par la vertu de la SF : […]

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