Sudor Sudaca : définition illustrée de l’étranger

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5 juillet 2015 par Julie Curien

Sudor Sudaca : sueur de métèques, ce sont des chroniques graphiques réalisées par José Muñoz et Carlos Sampayo au début des années 1980, et publiées en recueil chez Futuropolis en 1985. Elles décrivent de brefs épisodes du quotidien d’exilés argentins. 

Une double préface, par les deux auteurs, ouvre la BD. En voici des extraits éclairants :

sudor sudacaCARLOS SAMPAYO : Nous, nous avons quitté notre pays pour des
motifs personnels et professionnels et nous avons décidé de ne pas y retourner pour des motifs politiques. Nous nous sommes auto-exilés et dans ce non-retour se logea la présomption que notre vie serait en danger si nous revenions. Et ce n’était pas une simple présomption. […] je suis un étranger définitif, pas encore libre comme l’air bien que j’aspire à sa légèreté.

JOSE MUNOZ : Cette série affectueuse, furieuse, laborieuse et hésitante est née à Milan et à Barcelone, dans une période d’extrême dépersonnalisation et confusion. A travers elle, nous avons passé en revue la symptomatologie qui affectait les préhumains d’origine argentine, leurs réactions face à la défaite de leurs idéaux, leur capacité d’endurance, d’assimilation, d’interprétation et de compréhension devant l’irréalité de la catastrophe physique désintégratrice qu’implique forcément l’émigration. […] Nous avons passé des centaines d’après-midi à tenter de saisir une couleur, un son, une lumière, un espace, un dessin « argentin » des situations, choisissant les angles de vue, mimant et criant à tue-tête les comportements et les mots des différentes classes sociales argentines, nous extrapolant en les extrapolant, réunissant leurs fantasmes, écoutant des tangos du matin au soir, jusqu’au moment où toutes ces cérémonies tribales donnaient leur fruit sous forme de mots et de dessins, s’objectivaient. C’est là que commençait le casse-tête. […] Nous sommes le mélange […].

L’intention est annoncée : mettre en scène ces êtres devenant étrangers, et les sentiments complexes qui les traversent. Comment ? D’abord par un graphisme noir et blanc, puis par des traits très marqués, voire caricaturés, pour donner corps auxdits métèques, victimes de mal-être physique et moral. Et aussi, par des cadrages déroutants, fragmentés, à l’image d’un environnement instable. Enfin, par des histoires dont le menu est loin d’être réjouissant : déracinement, bribes de souvenir, perte de repères, quête d’identité, solitude y compris dans la communauté exilée… et, pour certains, l’envie de repartir, encore, mais pour où ?

Une œuvre extrêmement personnelle et radicale, par deux géants argentins de la BD. 

Nota bene : étrange, étrange… José Muñoz a adapté en roman graphique,  plus récemment chez Futuropolis dans les années 2010, l’Etranger d’Albert Camus !

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