Horizons de pierre

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21 février 2016 par Julie Curien

horizons de pierre

Sur le profil des cimes, le soir s’est égorgé. Les ombres dévorent les détails, mais sur la ligne des lointaines montagnes se dessinent encore des clartés.

Les jeunes gens les regardent et tissent des désirs et des chimères ; les vieux prévoient par elles le temps qu’il fera demain.

Sous la plume d’Atahualpa Yupanqui (1908, Argentine – 1992, France), plongeons dans Les horizons de pierre de la province argentine Jujuy, en une région du Nord-Est argentin appelée Tumbaya, où la nature et l’homme s’embrassent de plein fouet, entre montagne et pampa.

L’homme, c’est de la terre qui marche…

Le ciel crève d’étoiles. On dirait que Pachamama accroche au ciel, à chaque crépuscule, les éperons de tous les gauchos qui ont déserté la vie !

L’homme est le fils puissant de Pachamama, bien qu’il vive prisonnier de la griffe cosmique de la montagne. Il peut tuer l’oiseau et abattre l’arbre. Mais il a besoin du soleil pour vivre, de l’arbre pour dormir et de l’oiseau pour chanter. Il reste toujours accroché à la terre, sur laquelle il doit lutter, grandir, aimer et souffrir, jusqu’au moment où la fatigue et le désir de l’ombre le contraignent à s’étendre sous les pierres, dans le silence définitif.

Ici, le récit se fait récital local, musique incarnée en une voix, multitude d’incantations :

Dans le cœur de l’homme, il reste toujours un enfant pour protéger ses rares moments de joie ; et l’enfant s’effraie et pleure, lorsque l’homme ressent l’oppression de la solitude. C’est pourquoi le chant est rempli de l’émotion de l’homme et du désespoir de l’enfant. 

La musique accompagne chaque pas, ode à la nature pour les hommes de la région, chant d’amour et de protection, de la part de l’auteur, à l’égard de ces Kollas, membres de la communauté indienne vivant en ces lieux, dont l’existence très modeste, par son caractère — humilité et fierté mêlées — et ses rythmes — travail, repas, repos, rites et célébrations, famille, voisinages, amitiés et plus si affinités —sont peints comme autant de poèmes ancestraux qui continuent de faire écho :

Des traces de langues antiques adhèrent encore aux légendes, comme le quartz à la pierre, comme la lumière au vol de l’oiseau, comme le silence à la mort.

Pour trame, le conte d’une histoire exemplaire et pourtant universelle, celle d’un amour immense et sans issue, entre un jeune berger, Ismago, qui tente de s’installer, et une fille des chemins, Senda, dont l’esprit continue de vagabonder dans les sentiers, comme un appel à la liberté faisant fi de toute sédentarité.

Traduit par Louise Mamiac et publié par Le Temps des Cerises en 2014, un récit poétique sans nul doute dramatique, où se joue un acte de résistance : e/ancrer cette communauté dans le présent, en exprimer toute la flamme qui se consume.

 

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