Le squelette de la révolution

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25 août 2013 par Julie Curien

Les Amis de Pancho Villa

« C’est en 1910 que tout a commencé » : tout, soit, après leur affranchissement vis-à-vis de la colonisation, la deuxième guerre civile des Mexicains. La revolución, populaire, de Francesco Villa, dit Pancho Villa, qui suit le sillage de son maître et ami Francisco Madero, en créant une division au nord du Mexique — dont le pendant sud est dirigé par le célèbre Zapata.

La révolution exige beaucoup de nous, voilà le plus pénible : tuer un homme qui ne t’a rien fait. […] Tu vois, c’est malheureux, il avait une femme et des enfants, mais s’il avait été libre, il aurait tué nos femmes et nos enfants. La révolution exige ces sacrifices !

Les amis de Pancho Villa est une bande dessinée haute en couleurs éditée par Casterman en 2012. Elle est adaptée, par Léonard Chemineau (1982 – ), féru d’histoires latino-américaines, dont c’est la première BD, du livre éponyme de l’historien américain James Carlos Blake (1947 – ), originaire du Mexique.

Les Amis de Pancho Villa bis

Le point de vue adopté ici est celui de la bande des amis de Pancho Villa : quel titre judicieux pour cette BD qui épouse étroitement, sans jugement ni caricature, le point de vue des proches du révolutionnaire, et explore leur quotidien, les convictions du chef (« la division nord se bat pour la liberté des peuples et l’instauration d’une république »), ses emportements, les (non) familles des uns et des autres — parfois même leur enfance : bref, sous l’enveloppe héroïque (et/ou barbare), l’humain énergique, lunatique mais aussi sensible, amoureux, intelligent.

La soif libertaire de Pancho Villa est telle qu’il ne vise pas lui-même le pouvoir, cherchant plutôt à y installer un ami plus présidentiable : il connaît trop ses lacunes, à commencer par son illettrisme. Dans le même temps, son armée accueille « tous les paumés du Mexique », lui compris, qui se donnent à cœur et à corps dans la bataille, pour que la « tempête de sang » suive son cours libérateur/dévastateur : exit les menteurs, les voleurs, parmi lesquels ces immigrés européens nantis aux dépends de la population locale. La violence révolutionnaire sied à certains membres tout particulièrement, comme le bras droit le plus sanguinaire de Pancho Villa : Rodolfo Fierro, surnommé el carnicero / le boucher, pour qui la révolution constitue une parenthèse enchantée.

Car cette révolution a un début et une fin, et Les amis de Pancho Villa retrace le tout. Des espoirs aux premiers triomphes d’abord ; la perte de vitesse ensuite, conduisant à un salutaire repos des guerriers avant la mise à mort du héros et, partant, de cette révolution. L’épilogue met en scène, des années plus tard, le boucher, devenu aveugle, en compagnie d’un squelette ; sa mémoire, endommagée, conserve un seul souvenir intact : l’arrivée de la bande à Mexico. Le vieil homme s’interroge : est-ce là un bon souvenir ? ou une tragédie ?

Vous pouvez prévisualiser quelques planches de cette bande dessinée ici et écouter Léonard Chemineau expliquer sa démarche . Et pour suivre l’activité artistique de ce jeune auteur et dessinateur, rendez-vous sur son tumbl et son blog.

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