Colon comme un poisson volant

1

18 mai 2013 par Julie Curien

Les personnes âgées, pauvres, paresseuses et peu pratiques ne devraient pas émigrer, parce qu’un triste sort les attend.

Johann Zürcher, consul de Suisse au Chili, 1884.

colonsDu haut de ses 96 pages et son mini prix, ce livre carré, qui semble si léger, cache une riche épopée : il reconstitue l’aventure coloniale jusqu’à la fin du XIXème siècle dans la région chilienne de l’Araucanie, tant la lutte y fut rude entre Mapuches et Européens de tous bords !

L’auteur, Leonardo Sanhueza (1974 – ), jeune poète chilien prolixe et remarqué par la critique, décrit en ces termes la genèse de son œuvre :

J’ai commencé à écrire Colons en 2002, même si à cette époque j’ignorais que je publierai quelque chose de semblable. Ce livre fait partie d’un projet plus vaste qui commence avec l’occupation de l’Araucanie, juste après la Guerre Civile de 1859. C’est le premier livre achevé de ce projet, mais en principe il devrait y en avoir cinq. Colons serait le troisième, même si c’est le premier à être publié. Le premier « tome » évoque l’occupation militaire de l’Araucanie, et le deuxième parle de la conversion forcée des Mapuches ainsi que de leur situation territoriale précaire à la suite de l’occupation. Colons, publié en 2011 aux éditions Cuneta, est censé venir ensuite.

Colons, édité par l’Atelier du Tilde en février 2013 dans la collection « Les Inventifs », sur une traduction de Nadine Dejong, se compose de deux parties contrastées :

LES POISSONS VOLANTS

Le premier chapitre, en prose, constitue le pré-texte de la colonisation. Ce récit ironique et savoureux met en scène un ingénieur belge en quête d’emploi, pour qui Chili signifie porte de sortie. Son projet d’émigration est présenté comme un rêve, une équipée idéale — en réalité idéalisée.

COLONS

Le second chapitre dépasse le point de vue exemplaire et fantasmatique de cet émigré, pour se fondre dans un magma de voix similaires, portant, à travers une polyphonie de poèmes en vers, les sombres expériences, sur place, de ces colons d’en bas, disparus dans les combats — ceux que l’Histoire ne retient pas.

Comme il n’y a pas de place ici pour vous raconter ma vie

laissez-moi au moins vous raconter ma mort.

L’échec, la désillusion, se font la sinistre conséquence d’une violence omniprésente… maladies, morts, vols, viols… dans une région sans Etat, et donc sans loi, où le conflit est roi.

colonos

Un projet littéraire fort, à découvrir avec le dossier en ligne qui l’accompagne. Et pour comment le livre-objet a été fabriqué, rendez-vous sur ce billet de blog… !

Publicités

Une réflexion sur “Colon comme un poisson volant

  1. […] été question sur ce blog à de multiples reprises (par ici, par là, et ici aussi, ou encore là-bas), était et continue d’être le suivant : faire connaître en France l’œuvre de José […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Auteur de ce blog : Julie Curien
Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution 3.0 non transposé.

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Rejoignez 600 autres abonnés

Mon profil sur Babelio.com
Vimeo
%d blogueurs aiment cette page :