Adieu, Excellence… !

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24 avril 2013 par Julie Curien

« Le trujillisme est un château de cartes. »

Le fête au boucMario Vargas Llosa (1936 -), écrivain péruvien, prix Nobel de littérature en 2010, met en scène, dans l’haletante Fête au bouc, la dictature crépusculaire de Rafael Leónidas Trujillo Molina, qui a régné en maître sur Saint Domingue de 1930 à 1961. Le roman conjugue intelligemment les points de vue du despote, de ses bras droits VS ses ennemis — qui, en nombre croissant, préparent en secret LE tyrannicide —, et, entre les deux, ceux dont il se défie, dont ce pauvre Caboche, ancien ponte tombé en disgrâce, et sa fille, Urania.

Le Chef (el Jefe), aussi appelé le Bouc (el Chivo), assoit son autorité sur deux collaborateurs fondamentalement serviles et intéressés par conserver leur rang au sein du régime. Ces atroces adjuvants, aux profils complémentaires pour perpétuer le règne de la manipulation, portent des surnoms fort explicites :

  • l’ordure incarnée => son rôle consiste en faire régner la terreur et commettre les assassinats dits nécessaires…
  • l’ivrogne constitutionnaliste => sa mission est de créer et garantir l’encadrement légal du régime !

Parallèlement à sa vie politico-médiatique, le Chef a des déboires personnels, si, si, si : Trujillo se méfie de sa famille comme de la peste et court les jupons… des jeunes vierges, qu’il déflore dans sa Maison d’Acajou. Cette cure de jouvence devient, dans les années 1960, plus violente encore, dans la mesure où le dictateur se sent amoindri dans ses parties — la faute à un cancer de la prostate qui lui arrache des larmes de honte, en privé ou en petit comité… devant une Urania prépubère, et qu’il s’efforce publiquement de cacher. Tout comme le bouc s’urine dessus par inadvertance, impuissant face à la maladie, son régime, en 1960, semble moribond : ses opposants, soutenus par Fidel Castro d’un côté, les États-Unis de l’autre, se multiplient, se manifestant dès le mouvement du 11 juin 1960, et l’Église catholique condamne publiquement son action via la Lettre Pastorale.

Résultat des courses, au terme d’une longue planque suivie d’une course-poursuite en quatrième vitesse : les rebelles parviennent à liquider le bouc, et c’est le président jusqu’ici fantoche, Joaquín Balaguer, qui prend corps et parvient, par une habile politique ménageant les pro et les anti trujillistes, à mener le pays vers la transition démocratique. Les dernières 50 pages du roman traitent du changement de régime avec une ironie diantrement confondante… parce qu’elle vise juste. Je vous les recommande vivement, à l’image, bien sûr, des quelques 500 pages qui les précèdent. Par le biais d’une construction/fiction implacable, cette oeuvre témoigne brillamment de la réalité historique de ce petit pays : une fable politique de toute beauté, à dévorer sans plus tarder.

 

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7 réflexions sur “Adieu, Excellence… !

  1. Bonjour,

    Nous aimerions savoir le nom de l’auteur de cet article. Merci.

  2. […] Les dernières 50 pages du roman traitent du changement de régime avec une ironie diantrement confondante… parce qu’elle vise juste. Je vous les recommande vivement, à l’image, bien sûr, des quelques 500 pages qui les précèdent. Par le biais d’une construction/fiction implacable, cette oeuvre témoigne brillamment de la réalité historique de ce petit pays : une fable politique de toute beauté, à dévorer sans plus tarder.- NV […]

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