Writing sabbatical in Buenos Aires

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31 décembre 2012 par Julie Curien

Dans Tetro, sorti en salles le 23 décembre 2009 en France, Francis Ford Coppola a choisi le terrain de jeu argentin. Vous pouvez découvrir ici la bande annonce du film : Tetro Bande-annonce VO.

Tout commence, in fine, avec la naissance à Buenos Aires de celui qui, issu de l’immigration italienne, deviendra le chef de la famille bancale dont le film dresse un portrait saisissant. Ce père terrible, musicien prestigieux du nom de Tetrocini, mange tout sur son passage, sa famille en premier lieu. Afin de se construire leurs propres identités, ses rejetons mâles, Angelo et Bennie, héros du film, vont, à presque 20 ans d’écart, fuir cette figure paternelle… tout en lui emboîtant le pas… quête de racines oblige : à leur tour, ils séjournent à Buenos Aires ; Angie va jusqu’à se réapproprier le patronyme sous la forme, pantominesque, de « Tetro » (« triste » en italien).

Esthétiquement, Tetro constitue un chef d’œuvre, tant par son habile jeu de couleurs que par les résonances qu’il orchestre entre les différents arts visuels, sonores & scéniques.

Le film joue la carte du « noir et blanc » afin d’exprimer le présent, troublé, troublant, aux textures contrastées. Ponctuellement, les autres couleurs manifestent le passé, source de traumas : l’accident dans lequel est décédé la mère de Tetro, la rupture entre Tetro et son père, etc. La couleur, vive, crue, cruelle, marque une ligne d’horizon entre un hier vivace, trop vivace, et un aujourd’hui bien sombre, où le héros n’est plus que l’ombre de soi-même.

Souvenir, souvenir : Angie, en couleurs, annonce à son père son projet d'écriture.

Souvenir, souvenir : Angie en couleurs
annonce à son père son projet d’écriture.

Aujourd'hui : Angie rebaptisé Tetro, écrivain, observe le monde en noir et blanc.

Aujourd’hui : Angie, rebaptisé Tetro, écrivain, observe le monde en noir et blanc.

Carrefour des arts, Tetro décline un style chiadé, reflet d’influences hétéroclites. Par le choix combiné du noir et blanc et de caméras souvent fixes, le cinéma flirte ici avec la photographie. Des ballets entrelacent symboliquement les scènes, fruit d’une magnifique collaboration avec la chorégraphe argentine Ana Maria Stekelman. La musique, classique et moderne, accompagne l’œuvre, sous la baguette du compositeur argentin Osvaldo Golijov. Le théâtre est omniprésent, juste complément d’une écriture qui se cherche, aka se regarde le nombril et s’interroge sur sa réception. Outre un coût moindre, le fait de tourner ce film en Argentine, terre des arts & de la scène, fournit à Coppola une abondante main d’œuvre créative et inspirée, propice aux échanges les plus ouverts.

Ballet de l'accident

Ballet de l’accident : elle

Ballet de l'accident : lui

Ballet de l’accident : lui

Au premier degré, le sujet de film ne m’a pas excessivement touché : il s’agit d’un drame familial complexe (oupa), avec jeu de miroirs et tentative de psychothérapie, par les proches comme par l’écriture. Le second degré, vous l’aurez compris, retient davantage mon attention : la genèse d’une écriture forte mais/ou/et/donc/car subjective chez Tetro — figure de l’écrivain qui part en congé sabbatique pour se consacrer à l’écriture mais peine à trouver une fin à son œuvre —, et, au-delà, la genèse d’une création multiforme en fonction des émotions, par Coppola. Créer, c’est tisser à plusieurs mains, plusieurs voix, composer ensemble, Tetro & Bennie dans le film, Coppola & ses partenaires derrière. Créer, c’est résister, dénoncer, marquer les différences, cheminer vers des identités contrastées. Créer, c’est (s’)interroger. Créer, au final, c’est sortir de soi : du manuscrit codé, derrière lequel Tetro se cache, à sa mise en scène.

Tetro tenant son manuscrit contre lui

Tetro
tenant son manuscrit contre lui

Un dernier mot, peut-être, pour désigner l’étonnante personnification de la critique littéraire, une et unique, féminine & toute puissante : celle qui se fait appeler « Alone », et qui, elle aussi, se cache, derrière ses lunettes de soleil. Elle fait, semble-t-il, la pluie et le beau temps, via son festival Patagonia & les bons points et autres prix qu’elle décerne ça et là. Mais Tetro finit par l’envoyer aller se faire voir… ^^ Quand la critique rencontre ses limites ^^ !

Alone, drôle d'incarnation de la critique littéraire argentine

Alone, drôle d’incarnation
de la critique littéraire argentine

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