Baleines & poissons carrés

Poster un commentaire

17 novembre 2012 par Julie Curien

Cap sur les lettres mexicaines, mercredi 14 novembre à l’AmphiOpéra de Lyon, dans le cadre, encore elles, des Belles Latinas ^^ !

Trois voix, trois écrivains voyageurs :

G. Fadanelli, l’homme au chapeau

Guillermo Fadanelli (Mexique), né à Mexico en 1963, écrivain, éditeur, fondateur et directeur de la revue underground Moho, porte ce soir un chapeau noir. Quand on lui demande ce qui l’a conduit à devenir un écrivain, Fadanelli répond « la mauvaise aventure m’a poussé à écrire », la littérature constitue le « chemin pour exorciser la comédie familiale ». Tout un programme…

Pino Caccuci (Italie), né à Alexandrie en Piémont, écrivain, scénariste BD & ciné, traducteur, auteur de bibliographies, a souvent voyagé en Amérique latine et notamment au Mexique où il a résidé quelques temps. Militant à la fin des années 1970, il fuit une Italie qui ne lui plaît pas et trouve, chez les Mexicains, un intérêt partagé pour la mémoire et les traditions, loin du rationalisme occidental…

P. Caccuci sur la gauche
J. P. Villalobos sur la droite

Juan Pablo Villalobos (Mexique), né à Guadalajara en 1973, vit aujourd’hui à Barcelone. Son premier roman, Dans le terrier du lapin blanc, est déjà traduit en 15 langues! et traite, on s’en doute, du trafic de drogues; mais la drogue n’est en réalité qu’un effet collatéral de la genèse de cette oeuvre. Étonnant à première vue, Juan Pablo Villalobos dédicace son livre à son fils. Mais si, mais si, le lien existe : Juan Pablo Villabos prend la plume précisément quand il apprend qu’il va devenir père. La narration revient à l’enfant, dont le point de vue, naïf et impérieux, dresse un portrait intime et inquiétant de la société mexicaine. Récit initiatique d’un petit garçon qui souhaite obtenir quelque chose d’impossible… Et à qui peut-on demander l’impossible ? A un trafiquant. Un roman qui questionne, car, selon Villabos, tel est le but de la littérature − et non donner des explications limpides.

Et on commence la rencontre sur la question de l’actualité politique au Mexique ! Les mots fusent : l’économie, l’image, remplacent la politique, dans un monde où les personnes deviennent des choses, règne de la bêtise et de la corruption, citoyens spectateurs… et toujours, le pouvoir, parallèle, engendré par le trafic.

Puis on arrive à la capitale, Mexico, « de l’or pur pour un écrivain », selon Guillermo Fadanelli, « puisque c’est un thème qui s’impose à toi et que tu n’inventes pas ». Environnement au carrefour de l’insolite et de l’atroce, matière féconde pour qui sait s’en emparer non sans mordant… Hôtel DF décrirait ainsi le microcosme social, l’hôtel à l’image de la ville, au sein duquel l’autre devient une véritable obsession. Car les Mexicains, selon Fadnelli, sont extrêmement sensibles à ce que les étrangers pensent d’eux : Lawrence, Malcolm Lowry… ou encore Pino Caccuci que « Mexico a attrapé très fortement et lancé contre un mur », pour donner naissance à l’écrivain « démon » de l’époque… ! Trente ans plus tard, la sécurité s’est améliorée dans le DF.

Mais trêve de ville, entrons en campagne, renouons avec la nature & les traditions, en attendant la traduction du second roman de Juan Pablo Villalobos, qui, a-t-il annoncé, s’attache à nos amies les vaches (était-ce une boutade ?), et en préférant les baleines grises… à l’instar de Pino Caccuci. Son dernier roman restitue un voyage d’un mois en Basse-Californie, décrit les paysages, les gens, les relations avec ces baleines et plaide en faveur de l’écologie. Une anecdote : une façon de s’enrichir au Mexique est de pêcher le poisson carré, fruit des caisses remplies de cocaïne jetées à l’eau précipitamment par les contrebandiers…

Une fois n’est pas coutume, la rencontre a clos sur une note féminine : ces hommes nous ont parlé de (grandes) femmes 🙂 certaines, devinez lesquelles, proches de Frida Kahlo :

Tina Modotti, née en 1896, photographe et militante communiste

Nahui Ollin (Carmen Mondragón), née en 1893, modèle, peintre et poète

Antonieta Rivas Mercado, née en 1900, écrivain(e)…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Auteur de ce blog : Julie Curien
Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution 3.0 non transposé.

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Rejoignez 600 autres abonnés

Mon profil sur Babelio.com
Vimeo
%d blogueurs aiment cette page :