Mantra : zombie = poésie

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19 octobre 2012 par Julie Curien

« Bien des années avant que commence tout ce qui devait se terminer, avant ce terrible et magnifique jour des Morts pendant lequel j’ai voyagé et suis arrivé pour la première et dernière fois de ma vie à Mexico, District Fédéral (Mexico is known to Mexicans simply as México – pronounced « MEH-kee-ko ». If they want to distinguish from Mexico the country, they call it either « la ciudad de México » or el DF – « el de EDD-e »), alors qu’il me restait encore trop longtemps avant de devenir celui que je suis désormais et que j’aurais préféré ne jamais être, j’ai rencontré Martin Mantra ou, plutôt, Martin Mantra m’a rencontré. Il m’a tendu la main, et cette main tenait un revolver. »

Pan ! Ainsi démarre ce roman fabuleusement déroutant.

Un livre-somme qui assomme tout en détonant : étonnant… et franchement brillant. En route, donc, pour l’irréalisme logique (expression de l’auteur, si, si…) !

Bzzzzzp, retour au point de départ : une maison d’édition commande à Rodrigo Fresán un roman sur Mexico. L’écrivain argentin s’exécute… donnant naissance à un monstre littéraire qui incarne sa vision de la capitale mexicaine.

Cette créature inhumaine se distille jusqu’en Argentine, en France… pour toujours nous (re)conduire jusqu’à Mexico (aka DF) où tout commence et tout finit, y compris les catastrophes naturelles. L’être difforme est porté par le héros, Martin Mantra, autour duquel gravitent les différents personnages, homme, femme, enfant, quasiment tous condamnés à mort, que ce soit par la maladie ou l’accident violent – et quand ils ne sont pas morts, ils sont morts-vivants. Le récit-voyage s’effectue en effet, c’est original, depuis le point de vue des trépassés (s’il-te-plaît, dessine-moi un squelette…), encore connectés à la (télé)-réalité du vivant déliquescent, mais désillusionnés. Tous nourrissent une obsession vis-à-vis de l’homme-enfant à la caméra greffée sur le visage pour tout, tout, tout enregistrer, le fameux Martin Mantra, fils du magnat médias local. Presque tous entrent en lutte contre les abus de la société, devenant catcheurs masqués, aka super-héros déglingués.

Le guide est 100% subjectif, mêlant références littéraires de toutes parts (de Proust à la beat generation en passant par la science-fiction), bandes sons, séries (« la quatrième dimension »…), Histoire (défilé des grandes personnalités qui sont passées par Mexico) et cinéma.

Pas vraiment d’histoire, donc, mais un voyage intérieur qui raconte l’extérieur, et vice-versa. A mes yeux, le langage prime ici sur le reste, par un style jouissif, un ton terriblement lucide aka ironique, une construction insolemment inventive. Le « terrorisme des piscines » remonte ainsi à la surface (eh oui, plonger dans une piscine privée dès qu’on en voit une, c’est une des maladies d’un personnage)…

Cette oeuvre extrasensible exprime une quête asthmatique de sens / d’existence. L’humain, comme l’inhumain, y apparaissent finalement comme les côté pile et face d’une même pièce divine : un Mexico pourri, qui aurait bien besoin de renaître de ses cendres… aujourd’hui.

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